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Le rapatriement - Des conséquences imprévues – Petit retour en arrière.

 

Après la période de maintien de l’ordre à Constantine, nous retrouvions notre Poste de P.A.3 dans la montagne. On y était revenu pour l’évacuer et l’abandonner afin de regagner ensuite notre quartier principal à El Aria - après notre départ le Poste de PA 3 fut saccagé ; constat que nous avons fait en allant récupérer 2 compacteurs appartenant à un colon - Là, le capitaine m’avait chargé de partir avec un chauffeur et une jeep. Le but était de prendre les 3 chiens que nous avions adoptés et d’aller les abandonner dans la montagne, car nous ne pouvions les ramener en France.

C’est ainsi que Chacal qui ressemblait et hurlait comme un chacal, Alpha, un grand chien noir un peu turbulent et Françoise qui avait pour habitude de s’aligner près de nous aux rassemblements (c’était une bonne vieille chienne poussive, grosse, poil ras et fines pattes), se mirent à courir derrière la jeep, après que nous les ayons laissés et abandonnés au milieu de la route entre El Aria et Oued Zenati. S’en suivirent quelques virages dans le djebel et ils disparurent… Que dire… Fallait-il les tuer ?

En 1962, on estime que 1 100 000 pieds-noirs furent rapatriés en France, abandonnant tous leurs biens et leurs animaux. Les orphelins et pupilles de la nation furent également abandonnés. En 1969, un décret algérien les obligea à porter un nom arabe.

 

Annotation personnelle : en novembre 1961, quatre mois avant les accords d’Evian du 18 mars 1962, les fourriers fabriquaient déjà des caisses en bois pour emballer le matériel, en prévision du rembarquement et du retour vers la France.

 

 

Photo g. Au Poste de PA 3 (20 km N-E d’El Aria  ) Alpha est entre mes jambes et à droite Sboub le FSNA (Français de souche nord africaine) .

Photo de droite à Constantine, devant le pont Sidi Rached. Chacal est dans les bras de Didier, je suis au milieu, à droite x.

Le rembarquement.

             Après avoir abandonné El Aria, nos harkis et nos chiens, nous avons rejoint le port de Bône (Annaba) en convoi ; tout le matériel avait été embarqué sur un cargo pour la France (Sissonne), même des G.M.C. accidentés et tordus ! Nous, voyageant sur un autre bateau (le Président de Cazalet où il était interdit de prendre des photos  -  photo de droite prise le 26 mai 1962). En tout, le voyage de retour dura une quinzaine de jours. Il y avait du monde, il fallait attendre son tour.

Au port de Marseille, on se partageait le contenu des caisses éventrées des stocks de cigarettes, des gadgets et friandises diverses provenant de notre foyer. Par curiosité, on se promenait rue Thubaneau, de célèbre réputation. Pour certains, c’était plus que de la curiosité.

La Marseillaise qui s’appelait encore le chant de l’Armée du Rhin, fut chantée pour la première fois au n° 11 de cette rue le 22 juin 1792.

Au célèbre camp de Sainte Marthe de Marseille où c’était la pétaudière, à part les sorties en ville, aucune permission n’était accordée. Certains, mariés ou fiancés firent la belle pour quelques jours, les sous-officiers emmenant leur pistolet.

 

 

 

Arrivé dans l’immense camp de Sissonne de 6 000 hectares dans l’Aisne, notre régiment était dissous. Ceux qui avaient terminé leur temps légal étaient libérés au bout d’une dizaine de jours. Le Service militaire commençait à être réduit.

Libéré après ces presque 28 mois, on se retrouvait chez soi en quelques heures, un peu déboussolé, avec cette réalité incroyable de ne plus être en possession d’armes et de chargeurs ou du casque lourd, de ne plus avoir à obéir ou à commander et de ne plus être entouré de ces milliers de soldats dont nous faisions partie. Il fallait s’habituer à redevenir civil parmi les gens insouciants. Après avoir vécu des situations stressantes et parfois difficiles, à l’âge où cette période aurait dû être la plus belle de notre vie, on ressentait une impression vraiment bizarre ; tout paraissait calme et sans problèmes. Là se posait la question : qu’était-on allé faire là-bas et pour quel résultat ?... Résultat sans surprise ! Après avoir été colonisée, l’Algérie allait se diriger vers la dictature du parti unique, avant d’être atteinte par l’intégrisme qui a fait 150 000 morts et des milliers de blessés et de disparus ; déclaration faite par le président algérien Bouteflika en février 2005.

Et nous ?... Nous avions découvert le couscous et les merguez… Mais à quel prix !

 

La quille. A la fin du XIXème siècle, les bagnards de Cayenne attendaient le bateau ‘La Quille’ qui devait les ramener en métropole, ce qui signifiait la liberté retrouvée. Au début du XXème, ce symbole de quille avait atteint le milieu militaire.

La quille, la fin du service tant désirée ! Il ne se passait pas une journée sans que nous n’y fassions allusion. Chaque mois écoulé, la plupart creusait une encoche sur un accessoire quelconque – ici, dessous, une règle.

Cent jours avant la quille, les ‘anciens’ fêtaient le Père Cent. En ce qui nous concerne et vu les circonstances, cet évènement n’avait pas pu être fêté.

 

Le Père Cent : Afin de recevoir en retour une compensation, les futurs ‘quillards’ concoctaient un faire-part agrémenté de quelques blagues qu’ils envoyaient à leurs parents et amis.       (La suite, voir plus bas)

Zone de Texte: Jean-Claude Garbez d’Ecourt-Saint-Quentin qui nous a quittés, au garde-à-vous avec la quille.
Zone de Texte: A gauche, Maurice Duquenne de Lécluse (près d’Ecourt), 
pose devant une quille qui ne manque pas d’allure.
Photo de droite, à droite, Francis Sevrette de Rumaucourt.
Zone de Texte: La quille pour Eugène Leblanc qui nous a quittés.

Les Anciens combattants d’AFN (Afrique française du Nord)

 

Entre 1954 et 1962, 1 343 000 jeunes furent envoyés en Algérie et 407 000 actifs, soit 1 750 000 hommes. On recensait 12 000 réfractaires, 886 déserteurs, 420 objecteurs de conscience.

 

Jusqu’en 2004, pour obtenir la carte d’Ancien combattant et le titre de Reconnaissance à la Nation, il fallait avoir accompli 90 jours dans une unité reconnue combattante. Peu importe si l’on avait passé son temps planqué dans un bureau. Des appelés qui furent en danger mais qui n’avaient pas leur unité reconnue combattante, n’eurent pas droit à cette reconnaissance.

 

Depuis le 2 juillet 2004, il faut avoir été présent durant 120 jours en Algérie entre 1954 et 1962, pour obtenir la carte d’Ancien combattant ou le titre Reconnaissance à la Nation. Parmi les Anciens d’Afrique du Nord, il ne faut pas oublier ceux qui ont été envoyés en Tunisie et au Maroc, début des années 50. Les Anciens d’AFN d’Ecourt adhèrent à l’UNC  -  Union Nationale des Combattants.

 

La retraite d’ancien combattant d’AFN est versée à 65 ans - 675 € par an en 2016, non imposable, ni réversible. Pour les détenteurs de la Carte, une demi-part supplémentaire est accordée dans la déclaration de revenus annuels, à partir de 75 ans.

 

Un bon point non négligeable.

           A l’époque, peu de jeunes possédaient le permis de conduire avant de partir à l’Armée. Le Service militaire leur donnait la possibilité de l’obtenir. Beaucoup ont pu profiter de cette opportunité.

             Pour ma part, bien que possédant le permis civil tourisme, je passais les permis tourisme et poids lourd à Oued Zénati, sur un GMC chargé de ravitaillement et de copains. GMC sur lequel j’avais pris deux courtes leçons avec un chauffeur de notre Batterie (il fallait s’habituer à sélectionner les vitesses installées de façon anachronique sur la boîte). Le moment venu, le capitaine examinateur me fit monter une côte, la redescendre pour s’assurer que j’employais correctement le frein moteur et me fit effectuer un demi-tour en marche arrière dans l’entrée étroite d’une cour de ferme.  Il ne me posa pas de questions sur le code de la route !            Permis réussi !

            

Zone de Texte:  Oued Zenati - Camp de Sissonne - La quille - Anciens combattants d’AFN

Suite et fin du texte : Du recensement à la quille

Zone de Texte:      Un Soldat inconnu de la guerre d’Algérie, repose au cimetière de Notre-Dame de Lorette

             Bien qu’étant titulaire du permis civil, j’ai toujours pensé que cette facilité que m’avait accordé le capitaine Pagan à l’examen, était due au fait qu’avec Jean-Pierre Quinio, nous avions remporté le premier prix des concours de tir inter-régiments. Prix accompagné d’une coupe qui nous avait été remise par un général à l’Etat-major de Constantine. Cette coupe m’avait également fait bénéficier d’une permission supplémentaire et permis d’être libéré avant d’autres peut-être plus méritants. Avec Jean-Pierre Quinio, lors de nos rencontres, nous nous rappelons parfois cette période des concours, comme le jour où le cache-flamme de son Mas 56 s’était fait la malle. Concours qui ne nous dispensaient pas de participer au ‘crapahutage’ sur le terrain et aux patrouilles dans Constantine.

             De retour dans le civil, après avoir passé une visite médicale, je pus faire convertir le permis militaire en permis civil et surprise, j’avais également obtenu en plus du permis poids lourds, le semi-remorque sans jamais en avoir conduit. Mis à part cette fichue guerre, on pourrait se dire que c’était une époque où le mode de vie était quand même bien moins compliqué.            Serge Leblanc

 

Le corps d’un soldat inconnu de la guerre d’Algérie repose au cimetière de Notre-Dame de Lorette. L’inhumation a eu lieu le 16 octobre 1977. Des milliers de personnes assistaient à la cérémonie. Ci-dessous, la Basilique et la Tour lanterne.          

 

Certains chiffres et faits ont pour source Wikipédia.                                                    

 

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